Dirk Martens (biografie)

Een nationale glorie

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Thierry Martens était jadis une gloire nationale, présent dans tous les manuels scolaires. L’État belge avait même fait ériger une statue en bronze sur la Grand-Place d’Alost, sa ville natale. Malgré cela cet homme a disparu des mémoires du grand public. Cet imprimeur, avec Jean de Westphalie, a pourtant été l’introducteur de l’imprimerie dans nos régions en 1473 et, grâce à une carrière d’une longévité extraordinaire (56 ans), il a révolutionné l’art de l’imprimerie dans les différentes officines qu’il a ouvertes à Alost, Anvers et Louvain.

Il a innové dans presque tous les domaines, tant au niveau des caractères d’imprimerie que de la mise en page. Il a été le premier à introduire des caractères italiques, grecs, hébreux et à généraliser l’emploi du romain, qui nous est devenu si famillier aujourd’hui. Il a aussi été à la pointe de la révolution de la mise en page qui s’observe dans les 30 premières années du xvifle siècle et qui donne naissance au livre moderne, dans la forme que nous lui connaissons aujourd’hui. Ces avancées, il a pu les mettre en œuvre grâce à la collaboration étroite avec Érasme. Grâce aux relations d’Érasme, il a eu l’opportunité de publier l’un des chefs-d’œuvre de notre civilisation occidentale, l’Utopie de Thomas More en 1516.

Bon vivant, son goût du vin était si connu, qu’il s’en moque dans les citations qui accompagnent sa marque d’imprimeur. Plus fondamentalement, il a su réunir dans son atelier d’imprimeur un ensemble de savants qui donnèrent naissance au mouvement humaniste dans nos contrées et qui lui permirent d’arriver à l’excellence typogaphique. Il se retire des affaires en 1529, et décède 5 ans plus tard.

Depuis une vingtaine d’années, on observe que partout, sur le moindre dépliant que l’on trouve dans les gares, il y a un soin graphique particulier. La publicité a certainement beaucoup d’effets pervers, mais par son goût de la beauté et de la séduction, elle a remis au goût du jour une exigence typographique qui avait par moments disparu. Il nous a paru opportun de rappeler que Thierry Martens a été à la naissance de cette histoire dans notre pays.

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Datum

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ca 1447
Naissance à Alost.

Formation en Italie du Nord (Venise ?).

1473
Ouverture à Alost du premier atelier d’imprimerie de Thierry Martens en association avec Jean de Westphalie.

1475-1485
Thierry Martens cesse ses activités à Alost. Voyage en Espagne (peu sûr) et en Italie (plus probable).

1486-1492
Ouverture du second atelier à Alost.

1491
Premier imprimeur des Pays-Bas méridionaux à employer des caractères grecs dans le Doctrinale d’Alexandre de Villedieu (av 18).

1493-1497
Déplacement de son atelier à Anvers.

1498-1501
La cessation des activités de Jean de Westphalie à Louvain lui offre l’opportunité de s’y installer.

1500-1501
Apparition des premiers caractères romains dans les Statuta Atrebatensia (av 54).

1501
Mention d’un premier correcteur dans l’officine (Jean de Luxembourg, av 58).

1502-1512
Réinstallation à Anvers.

1503-1504
Première collaboration avec Érasme.

1512-1529
Réinstallation à Louvain.

1515
Première marque personnelle (écusson aux deux lions) dans un ouvrage de Rudolf Agricola en 1515 (av 129).

1516-1518¬

Seconde collaboration avec Érasme.

1516
Fin décembre, publication de l’Utopia (av 154) de Thomas More.

1517
Création du Collège des Trois-Langues dans l’Université de Louvain.

1517
Nouvelle marque (l’ancre sacrée), utilisée la première fois dans un ouvrage d’Érasme (av 156), en usage jusqu’en 1529.

1518
Première utilisation dans les Pays-Bas de caractères hébreux dans l’Alphabeticum Hebraicum (av 177).

1522
Première utilisation dans les Pays-Bas de caractères italiques dans les Epistolæ Pauli apostoli et Epistolæ canonicæ (av 238).

1524
Thierry Martens cesse pour la première fois ses activités. Son fils, Petrus [Pieter ?], reprend l’atelier et travaille pendant quelques mois avec le matériel typographique de Thierry Martens. À partir d’octobre, la disparition (mort ?) de son fils oblige Thierry Martens à reprendre en main l’atelier.

1527
Érasme rédige l’épitaphe de Thierry Martens.

1529
Fermeture définitive de l’officine et retraite dans le couvent des Guillielmites à Alost.

1534
Son décès survient le 28 mai. Il est enterré dans l’église des Guillelmites. Sa pierre tombale est conservée. Elle est aujourd’hui placée dans la chapelle Saint-Sébastien de la collégiale Saint-Martin d’Alost.

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Een nieuwe biografie

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À l'occasion de l'exposition sor une nouvelle biographie de Thierry Martens chez l'éditeur Brepols.

C’est dans le cadre du séminaire de critique historique du professeur Franz Bierlaire à l’Université de Liège que Renaud Adam (Bibliothèque royale) et Alexandre Vanautgaerden (Maison d'Erasme) ont eu le plaisir de se rencontrer. Par la suite, leurs travaux respectifs allaient tout naturellement les rapprocher. L’un travaillait sur un mémoire consacré à un exemplaire unique de la Logica vetus publié par Thierry Martens en 1473,1 tandis que l’autre terminait sa thèse sur l’utilisation de l’imprimerie par Érasme. Nos deux recherches étaient donc faites pour se rencontrer, la première davantage tournée vers le xve siècle, la seconde consacrée à l’étude de l’activité de Thierry Martens à partir de ses contacts avec Érasme en 1502.

¶ Une première pierre de cette collaboration fut la publication dans cette collection des Nugæ humanisticæ d’un livre sur la Logica vetus ; 3 la seconde est cette nouvelle biographie de l’imprimeur, qui fait le point sur ce personnage qui a joué un rôle fondamental dans le développement et la propagation de l’humanisme dans les Pays-Bas méridionaux.

¶ Thierry Martens commence sa carrière à Alost en 1473. Il y fonde en association avec Jean de Westphalie un atelier d’imprimerie. Le partenariat dure deux ans. Westphalie quitte Alost pour s’installer à Louvain. Martens imprime encore seul deux livres dans sa ville natale. On perd ensuite sa trace. Certains pensent qu’il s’est rendu en Espagne ; d’autres qu’il a séjourné en Italie. L’hypothèse italienne semble à nos yeux la plus vraisemblable, Martens réapparaissant à Alost, en 1486, en possession de nouveaux caractères vénitiens. Sa production de l’époque semble peu considérable et surtout religieuse et traditionnelle. À la mort des deux grands imprimeurs anversois Mathias van der Goes et Gheraert Leeu (1493), Thierry Martens se rend à Anvers. Quelques années plus tard, encouragé par la cessation d’activité de son ancien associé Jean de Westphalie, il s’établit à Louvain. Il y reste jusqu’en 1502, moment où il retourne à Anvers. Il y demeure pendant dix ans, après quoi il retourne à Louvain. Sa carrière atteint alors réellement son apogée en tant qu’imprimeur humaniste grâce à sa production soignée et de qualité. Il publie des ouvrages d’humanistes contemporains, des éditions classiques et des livres destinés à l’enseignement universitaire. Un terme définitif est finalement mis à sa carrière en 1529 quand il se retire au couvent des Guillielmites d’Alost, où il meurt cinq ans plus tard. Ce grand typographe, qui connaissait le flamand, le français, le latin et l’italien, a joué un rôle important dans l’évolution culturelle des Pays-Bas méridionaux : il a été le premier à utiliser des caractères grecs, hébreux et italiques, il a fréquenté les cercles humanistes et fait partie de ces réseaux qui ont facilité la pénétration de la Renaissance italienne au-delà des Alpes.

¶ Lorsque l’on étudie les lettres des imprimeurs principaux du Rotterdamois, Johann Froben et Thierry Martens, on est extrêmement frappé des similitudes qui existent entre les épîtres des deux typographes. Non seulement ils se « volent » réciproquement des lettres, mais leur contenu est sensiblement proche. Inévita-blement, à l’instar du cas de Johann Froben – actuellement reconnu comme incapable d’écrire en latin et dont la paternité des écrits revient aux membres de son officine ou à Érasme –, l’interrogation concernant la capacité de l’imprimeur d’Alost à rédiger lui-même sa propre correspondance se devait d’être posée.

¶ Thierry Martens est en réalité un imprimeur humaniste et non un humaniste imprimeur. À l’inverse de ce que prétendent ses premiers biographes, il n’a jamais été célébré par ses contemporains comme un humaniste, tel Josse Bade, que l’abbé de Sponheim, Jean Tritheim, dans son Catalogus illustrium virorum ([Mayence : Peter von Friedberg, avant le 14 août 1495], in-4°, fol. 74r), disait être in sæcularibus litteris eruditissimus et divinarum scripturarum non ignarus (« extrêmement érudit dans la littérature profane et nullement ignorant des saintes écritures ») . La production de son officine témoigne de la diffusion de l’humanisme, mais il n’est pas lui-même humaniste.


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