L'endormissement du jardin

Les Romains de l’Antiquité définissaient une certaine forme de bonheur par le terme d’otium qu’ils opposaient à negotium, au labeur. L’otium était, pour eux, cette capacité de l’homme à ne rien faire qui le rendait libre et dispos à lui-même et, ce faisant, aux autres. À l’heure où gazouillent davantage les sonneries des téléphones portables que le chant des oiseaux, nous avons aménagé un « Jardin phi-losophique » pour l’otium de nos visiteurs. ¶ Frappé par le long sommeil hivernal du jardin, l’idée nous est venue de cé-lébrer ce doux moment de repos à la fin de l’hiver par une série de concerts et de paroles orchestrés par Todor Todoroff & Stevie Wishart et une nuit de l’endormissement. ¶ Sem-blable à la (fausse) dormance des graines, qui ne germent que si les conditions climatiques leur sont favorables, il ap-partiendra à nos auditeurs, au seuil du printemps, d’accorder à ces paroles et à ces musiques un peu de leur espace inté-rieur. Ainsi, nous l’espérons, réveillerons-nous en douceur le jardin, avant de nous remettre au travail, l’oreille légère, tout à l’écoute du vent nouveau dans les tilleuls, les érables et le saule.

La pianiste Laurence Mekhitarian inaugurera cette manifestation par deux concerts qui auront pour centre l’œuvre pour piano Música callada du compositeur catalan Federico Mompou (1893-1987) qui écrivait à son sujet :

« Il est assez difficile de traduire et d’exprimer le vrai sens de Música callada dans une langue autre que l’espagnole. Le grand poète mystique, San Juan de la Cruz, chante dans une de ses belles poésies « La Música Callada , la Soledad Sonora », cherchant à exprimer ainsi l’idée d’une musique qui serait la voix même du silence. La musique gardant pour soi sa voix callada, c’est-à-dire qui « se tait » pendant que la solitude se fait musique, tentant d’exprimer ainsi l’idée d’une musique qui serait la voix même du silence. »

Semblable à la (fausse) dormance des graines, qui ne germent qui si les conditions climatiques leur sont favorables, il appartiendra à nos auditeurs, au seuil du printemps, d’ac-corder à cette musique un peu de leur espace intérieur afin de lui permettre de résonner. Ainsi, nous l’espérons, réveillerons-nous en douceur le jardin, avant de nous remettre au travail, l’oreille légère, tout à l’écoute du vent nouveau dans les tilleuls, les érables et le saule.

Laurence Mekhitarian
Œuvres de Mompou
Mercredi 26, Jeudi 27 février 2003
Pianiste née en Belgique, Laruence Mekhitarian est d’origine suisse et arménienne. Elle suit sa formation musicale à l’Académie de Woluwe-Saint-Pierre et ensuite aux Conservatoires Royaux de Mons et Bruxelles en passant par l’enseignement de R. et J. Redaëlli, de J.C. Van den Eynden, A. De Groote et J. Genty.. Elle parfait ses connaissances en privé auprès d’E. del Pueyo et de P. Badura-Skoda en Italie et en Autriche ainsi qu’en Hongrie auprès du compositeur G. Kurtàg auquel elle s’intéresse particulièrement dans une démarche pédagogique qui associe l’approche de la musique contemporaine à la connaissance du répertoire du passé. Elle est lauréate du concours Dexia et boursière de la Fondation Horlait-Dapsens.Elle se produit dans différents pays d’Europe en tant que soliste ainsi qu’avec des partenaires associant texte et musique dans la création de programmes thématiques qui tentent de définir une filiation entre les œuvres et les compositeurs choisis.Elle s’intéresse particulièrement à la musique contemporaine dans l’interprétation d’œuvres qui ont été notamment présentées au Festival Ars Musica, et dont elle fait partager son expérience dans son enseignement à Bruxelles, à l’Académie de Woluwe-Saint-Lambert.

Il est assez difficile de traduire et d’exprimer le vrai sens de Música callada dans une langue autre que l’espagnole. Le grand poète mystique, San Juan de la Cruz, chante dans une de ses belles poésies ‘La Música Callada, la Soledad Sonora’, cherchant à exprimer ainsi l’idée d’une musique qui serait la voix même du silence. La musique gardant pour soi sa voix callada, c’est-à-dire qui ‘se tait’ pendant que la solitude se fait musique, tentant d’exprimer ainsi l’idée d’une musique qui serait la voix même du silence. (Federico Mompou)



Todor Todoroff & Stevie Wishart
Vendredi 28 février 2003
samedi 1er mars 2003

Programme de la nuit

L’endormissement [20 h]

Alexandre Vanautgaerden, conservateur, Érasme et le songe de sa mort

Todor Todoroff [B] & Stevie Wishart [aus], Songes divers
S. W. (vielle à roue, violon, voix, musique électronique) & T. T. (musique électroacoustique, transformations et spatialisation sonore)

Laurence Mekhitarian, piano [B]
Federico Mompou (1893-1987)
Música callada [Musique du silence]

Michel Chaillou, écrivain [F]
Du sentiment géographique au Matamore ébouriffé

Jean-Loup Trassard, écrivain [F]
Dormance, roman

Pause culinaire - Maryangela Gusmao [Brésil]

Le rêve [22 h]

Bob Verschueren, musicien [B]
Le potager d’Érasme [Catalogue de plantes 2003]
Artichaud - Maïs - Poireau - Carotte - Roses

Fernand Hallyn, philologue [B]
Les songes de l’eau qui sommeille : rêveries baroques

Perejaume, artiste [E]
projection vidéo
El plenairista. Tenda de vellut i sala d’exposicions de gasa, 2000, 12’ [Le pleinairiste. Tente de velours et salle d’exposition de gaze]

Benoît fondu, architecte du paysage [B]
Armchair gardening ou le rêve du jardinier en hiver

Pause culinaire - Maryangela Gusmao [Brésil]

La dormance [24 h]

Marianne Mesnil, anthropologue [B]
Saison morte, Perséphone disparue et la Belle au Bois qui rêve

Catherine Beaugrand, artiste [F] & Jacques Guimet, dramaturge [F]
lecture-fiction, projection vidéo
Sous la terre

Pause culinaire - Maryangela Gusmao [Brésil]

La somnolence [1 h]

Laurence Mekhitarian, piano [B]
Morton Feldman (1926-1987)
Palais de Mari

Todor Todoroff [B] & Stevie Wishart [aus]
Songes divers II

Le réveil [petit matin]

Les oiseaux [B]

Rouge-gorges, pinsons, merles, grives musiciennes, roîtelets, accenteurs mouchets, mésanges

Bonjour le jour

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