Publications

Une ligne graphique, Alexandre Vanautgaerden

Quand j’ai commencé à lire plus intimement les textes d’Érasme, désirant écrire sur l’humaniste et son époque, j’ai été frappé par sa connaissance du monde de l’imprimerie. Je me suis alors lancé dans une recherche qui m’a permis de comprendre que l’humaniste de Rotterdam a été un des premiers auteurs à se préoccuper non seulement de l’écriture de son œuvre, mais aussi de sa réception, de la manière dont il désirait être lu. Sa façon particulière et inédite pour l’époque de travailler – au milieu des presses, logeant chez ses imprimeurs pour mieux suivre le rythme des ouvriers avec lequel il collaborait, du soleil levant au couchant – l’amena à s’intéresser à la mise en page de ses œuvres. Il fut un des premiers intellectuels à comprendre que la forme c’est le fond quand il remonte à la surface. Il discuta alors intensément avec les compositeurs de ses livres pour donner à chacune de ses œuvres une forme qui correspondait à la fois, à son contenu, et au lecteur qu’il désirait atteindre. Ce faisant, il fut un des acteurs qui participa à l’élaboration du livre moderne dans les années 1500-1530, au même titre que certains des plus grands typographes de l’époque – avec lesquels il collabora – comme Alde Manuce à Venise, Johann Froben à Bâle ou Thierry Martens à Louvain.

Cela explique pourquoi, quand j’ai voulu doter la Maison d’Érasme d’une politique de publications en 1996, parallèle au travail muséographique qui j’y menais, j’ai pensé qu’il était important de ne pas produire des livres d’érudition ou des catalogues d’exposition qui se préoccupent seulement du contenu, mais qu’il fallait également leur donner des formes nouvelles, tout comme Érasme avait pu le faire à son époque. Ce projet a rencontré un certain succès et fut nominé et couronné à plusieurs reprises (Type Directors Club à New York, prix Plantin-Moretus à Anvers ou Fernand Baudin à Bruxelles, notamment). J’ai eu la chance de rencontrer assez rapidement un bureau bruxellois, Sign, où travaillaient trois graphistes qui fonctionnaient comme un collectif (Olivier Sténuit, Franck Sarfati, Joël van Audenhaege) entourés au fil du temps par une pépinière d’assistants qui s’y formèrent (Raf Thienpont, Donatien Paul, Cédric Aubrion). Les premiers de nos livres furent réalisés principalement par Joël Van Audenhage, parti aujourd’hui fonder l’agence DoJo design avec Donatien Paul.

Poursuivant mes recherches sur Érasme typographe, j’ai eu le grand bonheur de rencontrer le «père des graphiste belges», Fernand Baudin, qui pendant des années contribua à introduire dans notre pays le meilleur de la création graphique du monde entier, non seulement francophone, mais également anglo-saxonne et nordique. Sa bibliothèque, mélange d’ouvrages technique et scientifique, m’a profondément marqué. J’y ai passé de nombreuses journées qui m’ont permis de mieux comprendre non seulement la typographie ancienne, mais aussi de m’initier au design contemporain.

Peu à peu, j’osai moi-même me risquer à la mise en page de certains des livres du musée à l’aide du logiciel Quark-Xpress, sous le regard bienveillant, et j’imagine un peu amusé, de ces professionnels. C’est ainsi que j’éditai le dernier texte de Fernand Baudin, À la lettre, dont une traduction en néerlandais paraît aujourd’hui des soins d’Herman Lampaert. Fernand Baudin disparut en 2005 avec sa bibliothèque – celle qu’il connaissait par cœur, par le cœur – et qu’il s’était constituée mentalement, pour son propre usage et celui de ses amis. Comme la vie est aimable, le bonheur fait parfois que l’on rencontre un inconnu qui vient s’asseoir aux côtés du défunt, et reprend avec vous les discussions demeurées en suspens avec l’ami ou le Maître disparu. Herman Lampaert fut pour moi cet inconnu. Quand je commençai nos entretiens typographiques, je reconnus chez lui, tout de suite, la tournure d’esprit si particulière de Fernand Baudin qui pensait d’abord en images. Je devrais plutôt écrire en lettres, en signes typographiques. Herman Lampaert exprimait lui-aussi ses conceptions au moyen des formes plutôt que du langage. En l’écoutant, je pensai à un petit traité de Fernand Baudin qui demeure pour moi son chef d’œuvre, La typographie au tableau noir (1984), même s’il est moins connu que L’effet Gutenberg (1994).

L’Epitome typographica d’Herman Lampaert, que nous publions à l'occasion de l'exposition Typographus, est une réponse visuelle au livre de Fernand Baudin. Elle est constituée moins de chapitres que de planches. Elles expriment chacune une idée graphique qui lui tient à cœur. Celles-ci aident le lecteur à mieux penser le monde, qu’Herman Lampaert considère comme une bibliothèque sans murs. Nous aurions pu publier cette grammaire visuelle sous forme de posters, mais nous avions envie de lui adjoindre une couture, car Herman Lampaert, comme Fernand Baudin et Érasme, croit intensément que publier ne sert à rien, si cela ne permet pas de relier l’humanité et de rendre l’homme meilleur. Ce livre est publié parallèlement à l’organisation d’une exposition sur le premier imprimeur des Pays-Bas bourguignons en association étroite avec le bureau Sign pour les publications et la scénographie de l’expo. Herman Lampaert a été le professeur de graphisme de deux des membres fondateurs de Sign, Olivier Sténuit et Joël van Audenhaege. Je l’ignorais, mais c’est un hasard heureux. Cela montre qu’il y a là, autour de la Maison d’Érasme, un «milieu» graphique comme l’on peut parler de «milieu humaniste» quand l’on essaye de comprendre le fonctionnement de l’atelier de Thierry Martens aux quinzième et seizième siècle, composé d’ouvriers (de pressier, de compositeur, de correcteur) et d’érudits sans lesquels l’imprimeur d’Alost n’aurait pu produire son œuvre qui est à la naissance de l’histoire de la typographie en ‘Belgique’.

Faisons le vœu que l’engagement typographique de la Maison d’Érasme ajoute aux vertus de civilité que l’humaniste de Rotterdam a été le premier à codifier en Occident, permettant d’imaginer un monde où l’on puisse vivre ensemble plus harmonieusement, grâce aux formes.


Alexandre Vanautgaerden
conservateur de la Maison d’Érasme
à Anderlecht


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Colloquia 4 - Fernand Baudin, À la lettre

Digressions à propos d’écriture & de typographie, 200 3 (seconde impression)

15 pages, 250 x 150 mm, agrafé, 4 €


¶ Cette plaquette est la dernière médiation sur la lettre d'imprimerie du grand typographe Fernand Baudin, aujourd'hui disparu. Fernand Baudin n'a eu de cesse de considérer la typographie comme une des formes de la courtoisie et de la civilité



Fernand Baudin (1918-2005) a été l'un des plus importants graphistes, il est reconnu comme étant le 'premier graphiste en Belgique'. Spécialiste de renommée mondiale, Il a écrit plusieurs ouvrages sur la typographie dont L'effet Gutenberg ou La typographie au tableau noir.

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Colloquia 4

Nugæ 8 - Renaud Adam, Jean de Westphalie et Thierry Martens

Renaud Adam, Jean de Westphalie et Thierry Martens
La découverte de la Logica Vetus (1474) et les débuts de l'imprimerie dans les Pays-Bas méridionaux

270 p., 150 x 250 mm, 2008, Paperback
ISBN 978-2-503-52841-0, EUR 60.00

La Bibliothèque royale de Belgique a fait l’acquisition récemment d’une édition de la Logica vetus d’Aristote imprimée à Alost par Jean de Westphalie et Thierry Martens en 1474. Cet achat revêt un caractère exceptionnel tant par la rareté de cette impression que pour son intérêt concernant l’histoire de l’émergence de l’imprimerie en Belgique. En effet, ce livre, jusqu’alors uniquement connu par huit feuillets, comporte un colophon mentionnant non seulement l’adresse bibliographique complète du livre, mais aussi le lien qui unissait les deux typographes : Thierry Martens est ainsi qualifié d’associé – socius – de Jean de Westphalie. La présentation de cet ouvrage sera l’occasion de revenir sur les débuts du premier atelier typographique de Belgique ainsi que sur les débats historiographiques qui lui sont liés. Un fac-similé de cet unicum rehausse l’intérêt de cette publication pour les incunabulistes et les amateurs de livres anciens.

Coédition: Brepols - Maison d’Érasme – Bibliothèque royale de Belgique


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Brepols

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Nugæ 8

Nugæ 11 - Passeurs de textes (2009)

R. Adam, Y. Sordet, A. Vanautgaerden (eds.)
Passeurs de textes. Imprimeurs et libraires à l'âge de l'humanisme

468 p., 150 x 250 mm, 2009, Paperback
ISBN 978-2-503-53118-2, EUR 85.00

En mars 2009 s’est tenu à Paris un colloque organisé par l’Ecole nationale des chartes, le Centre d’études supérieures de la Renaissance (CESR) de Tours, la Bibliothèque Sainte-Geneviève et la Maison d’Érasme à Anderlecht (Bruxelles). Parallèlement au colloque “Passeurs de textes”, deux bibliothèques présentent une exposition en rapport avec le thème de ces journées d'études. Ce coffret regroupe les deux livres parus à l’occasion de ces manifestations à la Maison d'Erasme et à la Bibliothèque Sainte-Geneviève. Le premier est une nouvelle biographie de l’imprimeur Thierry Martens d’Alost rédigée par Renaud Adam et Alexandre Vanautgaerden, le second présente des témoins exceptionnels de la Bibliothèque Sainte-Geneviève d’une activité typographique qui s’étend sur plus d’un siècle (du XVe s. à la fin du XVIe) dans une géographie délibérément européenne. Ces deux livres offrent un panorama inédit des pratiques de l’écrit à l’âge de la Renaissance et renouvelle l’image que nous avions de l’imprimeur humaniste.

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Nugæ 11-BSG Nugæ 11-Martens

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Nugæ 11

Colloquia 29 - Herman Lampaert, Letterlijk

En 2003, peu de temps avant sa mort, la Maison d’Érasme publiait ce qui allait devenir le dernier texte du grand typographe Fernand Baudin (1918-2005), considéré comme le premier “graphiste” du xxe siècle en Belgique. Cette méditation typographique, À la lettre, est traduite à l’occasion de cette exposition par Herman Lampaert en néerlandais.

Fernand Baudin, Letterlijk, omtrent het schrift en de typografie.
Vertaling, d’Herman Lampaert
Anderlecht, Erasmushuis, 2009, 16 p., 150 x 250 mm.
paperback. ISBN 978-2-930414-30-0, EUR 10.00.

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Colloquia 30 - Alexandre Vanautgaerden, Typographus. L'incroyable histoire du premier graphiste 'belge', Thierry Martens (1450-1534)

Cahier de la Maison d'Érasme, 3

116 pages, illustrations, 15 x 25 cm., dos collé, 15 €

Cahier accompagnant l'exposition Typographus. L'incroyable histoire du premier 'graphiste' belge, Thierry Marten (1450-1534).

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Colloquia 31 - Alexandre Vanautgaerden, Typographus. De ongelofelijke geschiedenis van de eerste 'Belgische' graficus, Dirk Martens (1450-1534)

Bezoekergids van het Erasmushuis, 3

116 pages, ill., 15 x 25 cm., dos collé, 15 €

Guide du visiteur (en néerlandais), publié à l'occasion de l'expo sition Typographus. De ongelofelijke geschiedenis van de eerste 'Belgische' graficus, Dirk Martens (1450-1534)

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